Les Femmes s’approprient les mécanismes de la dettes


JPEG Dans le cadre de la lutte pour le respect des droits humains notamment ceux de la femme, la CAD-Mali et son partenaire Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM) offrent des cadres de renforcement des capacités notamment aux femmes. A cet effet, Madame Fall Aïssata Bambera, Commissaire aux Comptes de la CAD – Mali, a pris part du 18 au 20 décembre 2012, à Cotonou, à un séminaire de formation sur les mécanismes de la dette et les processus d’audit de la dette.

En vue de partager ses connaissances avec ses consœurs, un Espace « Thé politique » a été initié au siège de la CAD-Mali en présence d’une trentaine de personnes constituées majoritairement de femmes représentant des associations membres de la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD-Mali).

Les échanges ont été introduits par deux exposés animés par Madame Fall, participante à la formation de Cotonou et Monsieur Issiaka Gouro Sanogo, membre du Secrétariat National de la CAD-Mali. L’animation de l’Espace « Thé politique » se fait par un binôme de senior et de junior.

Il s’est agit de rappeler les grandes lignes des connaissances reçues à la session de Cotonou à travers l’historique de l’endettement, les éléments de caractérisation des dettes, les mécanismes de l’’endettement (Politiques d’aide au développement, libéralisation du commerce, monopole occidental sur les prix des matières premières, fermeture d’industries de transformation), les 3 types de dette (privée, bilatérale, multilatérale), les causes de l’endettement des pays pauvres (cours des matières premières, taux d’intérêt en constance élévation, mauvaise gouvernance des fonds empruntés), les conséquences de l’endettement (Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), la restructuration des industries, le chômage croissant, l’augmentation des licenciements,). En Europe, les services spécifiques au profit des femmes disposent de moins en moins de ressources d’où les conséquences suivantes : le stress de plus en plus présent et donc plus de violences dans les familles, l’accroissement de la prostitution, le tourisme sexuel, les violences sociétales, l’intégrisme religieux et les attentats.

Compte tenu des doutes sérieux sur l’utilisation des fonds issus de l’endettement et le manque d’informations, il s’avère nécessaire, pour la société civile d’entreprendre l’audit de la dette. Cet audit est une urgence du fait que les femmes sont les plus touchées par les conséquences de l’endettement. JPEG La dette dont il est question, est la dette « illégitime », celle qui ne permet pas de nous sortir de notre état de pauvreté du fait des conditions d’accès et de l’usage que l’on en fait ou encore le niveau de nécessité de la dette et l’obligation faite à nos pays de s’endetter auprès de certaines institutions financières. A cette dette illégitime s’ajoute la dette « odieuse », c’est-à-dire celle contractée par un régime despotique pour des objectifs étrangers aux intérêts de la Nation et des Citoyens dont la gestion est marquée par une absence totale de transparence.

Face à cette situation que doit faire la Société Civile ? Deux actions : l’audit citoyen de la dette et le plaidoyer/lobbying.

1. L’audit citoyen de la dette

En matière d’audit de la dette, il n’est pas nécessaire d’avoir un niveau d’instruction extraordinaire pour entreprendre un exercice d’audit d’une dette. C’est l’audit qui permet de faciliter la caractérisation des dettes. Le fait de vivre dans les conditions de vie actuelles malgré les nombreux fonds empruntés, devrait inciter à initier des audits de la dette. Il existe des outils simples à utiliser et des vérifications de certains documents associés à des visites d’infrastructures déclarés financés sur les fonds issus d’une dette donnée.

2. Le plaidoyer/lobbying

En plus de cet audit, il faut entreprendre un vaste plaidoyer/lobbying pour réduire les conditionnalités de l’endettement. A l’issue des exposés introductifs, la parole a été donnée aux participantes et participants. Les préoccupations soulevées ont porté sur :

  • le constat que l’Afrique est sous esclavage parce que la santé, l’éducation, l’eau, l’énergie, les transports et bien d’autres secteurs sont privatisés. Les conséquences vécues du fait des dettes et des conditions du pays pour les femmes sont : la peur d’être en ceinte par crainte de perdre son emploi dans le secteur privé, les corvées d’eau, la surpopulation scolaire, la cherté de l’éducation des filles et des soins de santé.
  • la question de la capacité politique et relationnelle de la société civile (trop divisée et peu pro active) à entreprendre l’audit de la dette ;
  • la crainte grandissante que l’adoption du mariage pour tous en France ne devienne une conditionnalité de l’endettement pour le Mali connaissant le lien actuel entre les deux pays ; Il est temps que les mouvements sociaux se mobilisent et préparent l’opinion publique et les femmes au refus du mariage pour tous (mariage homosexuel) ;
  • le nécessaire report des élections en attendant que la confiance revienne entre les citoyens et les partis politiques et qu’on ait du temps de tenir des élections paisibles car la crise de la gouvernance est très profonde ;
  • les impacts de la dette sur les Services Sociaux de Base et sur la vie des femmes des pays du Tiers Monde ;
  • la nécessité de la restauration de l’Etat de droit et de la lutte contre la corruption généralisée au Mali ;
  • le rôle de la société civile comme une alternative au développement du pays en dépit de sa division et de la nécessité du renforcement de sa capacité ;
  • la nécessité de multiplier les Espaces « Thé politique » dans les communes et de renforcer le contrôle citoyen de l’action publique par les organisations de la société civile.
  • le besoin urgent de mettre en place un vivier de femmes leaders sur la problématique de la dette au Mali afin de contribuer à rendre réellement indépendant le pays ;
  • l’urgence que la CAD-Mali ainsi que d’autres Organisations de la Société Civile (OSC) sur la base du Pacte International sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (PIDESC) s’impliquent dans le processus de négociation et d’utilisation des dettes du Mali ;
  • la déclaration du ministre de l’environnement relatif au partenariat public/privé face à laquelle, la société civile doit se mobiliser pour refuser la privatisation des forêts ;

Au regard des échanges, une participante a sollicité l’expertise de la CAD – Mali pour animer un Espace « Thé politique » dans sa commune et à charge pour elle de mobiliser ses concitoyens à cet effet. Sur cette thématique du contrôle citoyen des dépenses publiques la CAD-Mali est en phase d’opérationnaliser un outil appelé : « Observatoire Dette et Fonds Publics » pour mieux traiter et influencer le processus de l’endettement et d’utilisation des ressources.

Par Foussény TRAORE
Conseiller en suivi et plaidoyer Budgétaire
CAD-Mali





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