Dette extérieur : la CAD-Mali fait son audit


La Coalition des alternatives africaines " dette et développement " (CAD-Mali) vient de réaliser un Audit citoyen de la dette du Mali portant sur la période 1992-2002. Des résultats de l’étude, il est revenu de constater que la dette contractée par les gouvernants n’a pas servi au développement du pays. Mieux, elle affecte les droits fondamentaux des populations au nom desquelles elle a été sollicitée. " Dette et Droits humains ", c’est le thème central qui était à l’ordre du jour de la session de formation de la coalition des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali), organisée, le lundi dernier à son siège, à l’intention des journalistes et des activistes. L’objectif de cet atelier étant d’accroître les capacités techniques de ces derniers sur l’impact de la dette sur les droits humains à travers une réflexion sur les résultats de l’Audit citoyen de la dette qui a été réalisé à partir de 2007. L’enquête en question a été réalisée en partenariat avec OXFAM NOVIB dont l’un des objectifs est de développer, selon ses initiateurs, des arguments irréfutables pour l’annulation de la dette du Mali en 2010.

Ce document, selon la CAD-Mali n’est pas destiné à faire le procès d’un régime quel qu’il soit, mais simplement de déterminer les conditions, impacts et illégitimités de l’endettement du Mali en vue de la répudiation de la dette malienne, illégitime ; de vérifier que le paiement de service de la dette n’a pas conduit à minimiser les ressources consacrées aux services sociaux de base. C’est d’ailleurs pourquoi le champ de cet audit citoyen s’étend du 1er janvier 1992 au 31 décembre 2002, soit les 6 derniers mois de la transition, les deux mandants du régime Adema et les 6 premiers mois du premier mandat de l’actuel Président de la République. Se trouvent aussi dans ce champ des événements déterminants tels que : la dévaluation du franc CFA, le programme d’ajustement structurel ainsi que les impacts du paiement de la dette " illégitime " sur la politique nationale de l’emploi, la santé, l’éducation.

De résultats de l’étude, il est révélé que les origines de la dette du Mali remontent à la période de la 1ère République où sur la base d’une politique volontariste et nationaliste, le régime en place va s’efforcer de mettre en œuvre une politique socialiste pour parfaire la décolonisation et la reconstruction socioéconomique. C’est ainsi que de 1960 à 1967, il crée plus de 20 sociétés et entreprises d’Etat. Malheureusement, la rupture violente avec la France et l’adoption d’un système socialiste de développement conduiront le Mali à recourir à une coopération et à un début d’endettement extérieur avec les pays dits du " Bloc socialiste ". Ainsi, l’état de la dette publique à la fin du régime de Modibo KEITA était de 112 milliards de francs maliens dont 75 %. Il faut le préciser que c’était supporté par des pays comme l’ex URSS et la Chine.

Sous le régime militaire, les agrégats macroéconomiques ont évolué selon les tendances de la 1ère République. Mais les années 70 voient la dégradation du secteur industriel. Les entreprises publiques ne tournent pas à leur plein régime et souffrent, de plus, de mauvaises gestions des cadres inexpérimentés ou corrompus. Conséquence : on constate pendant cette période le gonflement de l’endettement du fait des déséquilibres macroéconomiques qui sont tels que l’Etat malien était en situation de banqueroute. C’est pour remédier à cette situation que de 1980 à 1991, des programmes d’ajustements structurels sont mis en œuvre sous l’égide de la BIRD et du FMI.

L’avènement de la démocratie, selon la même étude, n’apporte pas de grands changements majeurs dans la politique économique du Mali. Sous l’égide des institutions financières, le Mali continue la libéralisation de son économie et la privatisation des entreprises publiques. Ainsi, de 1992 à 2002, l’encours de la dette du Mali a connu une importante évolution du fait de la dévaluation du franc CFA en 1994. Quant au service de la dette, il a aussi plus que doublé juste après la dévaluation en passant de 40,9 milliards de FCFA, en 1993, à 111,1 milliards de FCFA, en 1994. Toute chose qu a alourdi la situation financière du Mali, indique le document. En somme, si de 1968 à 2006, le service de la dette du Mali s’élève à 1 291,1 milliards FCFA ; de janvier 1992 au 31 décembre 2002 (période du champ de l’audit citoyen), il est de 694 700 milliards de FCFA.

Cependant, l’audit s’est réservé de publier le montant exact de la dette contractée par le Mali au cours de ces 10 années pour la simple raison que les montants contractés sont en devises différentes qui subissent des fluctuations au gré du marché international. Mais le document a tenu à signaler que de 1992 à 2002, le Mali a signé 176 prêts.

Par ailleurs, l’étude a également révélé que la dette contractée par notre pays affecte les droits fondamentaux de nos populations comme le droit à l’emploi, à l’accès aux services sociaux de base, à la santé, à l’éducation, à l’environnement et à l’assainissement. Selon la CAD-Mali, il s’agit là des droits inaliénables à la personne humaine et dont la violation constitue un sévère handicap à l’épanouissement économique, culturel et social des populations. De même, leur violation est à la fois, à en croire l’organisation, un facteur de menace à l’équilibre socioéconomique et de blocage du développement du pays. Or ces droits sont fortement menacés aujourd’hui, à cause du poids de la dette.

Par Mohamed D. DIAWARA

Source : Info-matin.net





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